Le bénévolat devrait être au cœur de la politique canadienne en matière de vétérans
Le passage de la vie militaire à la vie civile, appelé transition de la vie militaire à la vie civile (TVMC), est une période charnière pour les vétérans, marquée par des changements de vie majeurs. Laisser derrière soi la structure, l'identité, le sens du devoir et les liens sociaux de la vie militaire peut souvent sembler accablant et a été décrit comme un « choc culturel ». Ce choc culturel lié à la TVMC s'accompagne souvent de sentiments de solitude et d'isolement social. Il a été démontré que ces expériences ont un impact négatif sur la santé et le bien-être.
Les études sur le bénévolat — axées sur la volonté d'aider les autres et de bâtir des communautés plus fortes — suggèrent que le bénévolat peut être un moyen précieux d'aider les vétérans à surmonter les défis de la TVMC et à contribuer au bien-être collectif de notre nation. Bien que les avantages du bénévolat aient été explorés dans d'autres pays, le Canada n'a pas encore entrepris de recherche ou élaboré de politiques solides dans ce domaine important, ce qui laisse une lacune notable.
Alors que le nombre de vétérans canadiens augmente régulièrement, davantage de vétérans seront confrontés à des difficultés lors de leur réintégration dans la société; certes, beaucoup seront intéressés par de nouvelles possibilités civiles, rémunérées ou non, pour mettre à profit leurs forces et leurs intérêts. Le moment est venu pour les décideurs canadiens et les organisations qui soutiennent les vétérans de passer à l'action.
Les programmes de bénévolat pour les vétérans canadiens devraient être guidés par des recherches propres au contexte canadien; ils devraient inclure des évaluations qui reflètent les objectifs, les valeurs et la diversité des vétérans canadiens; enfin, les décideurs, les groupes de défense des vétérans et les chercheurs devraient collaborer pour faire du bénévolat un pilier du soutien à la TVMC.
Transition vers la vie civile
Le service militaire est un parcours professionnel sans équivalent. Il se caractérise par une culture distincte d'uniformité, de discipline, de normes sociales et de valeurs partagées. Les membres des Forces armées canadiennes (FAC) évoluent au sein d'une communauté très soudée, et de nombreux besoins fondamentaux, comme le logement et les soins de santé, sont assurés par ce système. Lorsque les vétérans quittent cet environnement structuré, ils doivent s'adapter à un monde civil qui manque souvent du même niveau de cohésion et de soutien.
Bien que l'expérience de la TVMC soit unique pour chaque vétéran, elle a des répercussions importantes sur la santé et le bien-être. Au Canada, près d'un vétéran sur quatre signale des difficultés liées à la TVMC. Les difficultés courantes incluent la solitude et l'isolement social, qui nuisent à la santé et au bien-être. Pour les vétérans aux prises avec la dépression, le trouble de stress post-traumatique (TSPT) ou d'autres maladies chroniques, l'effet est encore plus prononcé.
Trouver un sentiment d'appartenance et un but : examen des données probantes
Le bénévolat n'est pas seulement un avantage pour les vétérans qui peuvent éprouver des difficultés; c'est une contribution importante au bien-être collectif de notre nation. Le bénévolat consiste à redonner à la communauté, ce qui correspond étroitement au sens du devoir et du service que les militaires développent au cours de leur carrière. C'est pourquoi de nombreux vétérans trouvent le bénévolat particulièrement significatif.
Des possibilités de bénévolat bien conçues peuvent favoriser un sentiment de connexion, offrir un nouveau sens à la vie et constituer un débouché significatif pour les vétérans, leur permettant d'appliquer leurs compétences et leurs valeurs uniques dans un contexte civil. Aux États-Unis, la recherche a montré que le bénévolat aide à atténuer la perte d'identité à la fin d'une carrière militaire en créant de nouvelles occasions de servir et de diriger.
Le bénévolat a également démontré que les vétérans peuvent surmonter l'isolement social en tissant des liens avec leur communauté, ce qui crée un sentiment d'appartenance renouvelé. Chez les personnes âgées, le bénévolat a été associé à une réduction de la mortalité et à des taux de dépression plus faibles, ce qui souligne ses avantages potentiels à long terme.
Recommandations politiques : combler les lacunes au Canada
Un rapport préparé pour la Fondation True Patriot Love et l'Institut canadien de recherche sur la santé des militaires et des vétérans (ICRSMV) a passé en revue plus d'une douzaine d'études internationales axées sur les vétérans et le bénévolat. Malgré les preuves démontrant que le bénévolat est bénéfique pour les individus et la société, le Canada manque d'un cadre complet pour l'utiliser comme outil de soutien aux vétérans.
Les questions concernant les préférences, les habitudes et les motivations des vétérans canadiens en matière de bénévolat restent sans réponse. Quels types de possibilités de bénévolat correspondent le mieux aux valeurs des vétérans? Comment l'âge, le sexe, l'orientation sexuelle, le statut d'emploi, la structure familiale, la race et la situation géographique influent-ils sur les expériences de TVMC, la santé et le bien-être des vétérans? Les réponses à ces questions sont essentielles pour créer des programmes inclusifs qui soutiennent réellement les vétérans et les aident à s'épanouir dans leur communauté.
Il est conseillé aux gouvernements, aux décideurs et aux organisations qui soutiennent les vétérans de prendre les mesures suivantes pour combler cette lacune :
- Les politiques et les programmes de bénévolat pour les vétérans canadiens doivent être guidés par des recherches propres au contexte canadien.
Cela comprend l'ajout de questions liées aux avantages, aux répercussions et aux obstacles dans les enquêtes nationales, l'exploitation des ensembles de données existants de Statistique Canada et la réalisation d'études ciblées auprès des vétérans et de leur famille.
- Les organisations au service des vétérans devraient intégrer des évaluations formelles des programmes et des besoins afin d'harmoniser les possibilités de bénévolat avec les objectifs, les valeurs et la diversité des vétérans.
Des facteurs comme l’âge, le genre, la structure familiale, l’origine ethnique, la situation géographique et d’autres identités doivent être pris en compte pour optimiser la programmation.
- Les décideurs, les groupes de défense des vétérans et les chercheurs doivent collaborer pour faire du bénévolat un pilier du soutien aux vétérans en transition..
L’engagement de diverses parties prenantes garantira des programmes complets et percutants. En comblant le fossé entre le service militaire et la vie civile, le bénévolat pourrait redéfinir ce que signifie servir, tout en aidant les vétérans à trouver de nouvelles façons de s’épanouir.
Pour les décideurs canadiens, il s’agit d’un appel à l’action.
Nous devons veiller à ce que le bénévolat devienne une composante essentielle et bien soutenue de la politique relative aux vétérans, non seulement comme un avantage pour ceux qui ont servi, mais comme une contribution au bien-être collectif de notre nation. La question n’est pas de savoir si nous devons agir, mais à quelle vitesse nous pouvons le faire.
Alyson Mahar est épidémiologiste et chercheuse en services de santé à l’Université Queen’s. Elle est professeure adjointe à l’École des sciences infirmières. Elle est coresponsable du rapport sur le bénévolat des vétérans avec la Dre Christina Godfrey et d’autres collègues de l’Université Queen’s.
Cet article a été publié précédemment sur Quoimedia.com
Apprenez-en davantage sur Initiative de bénévolat des vétérans.

.png)




