« J'étais recluse chez moi pendant cinq ans – cette expérience m'a sauvé la vie »

Lorsque Shawna Gagné s’est enrôlée dans l’Aviation royale canadienne en 2001, c’était une décision pragmatique : mère monoparentale de deux enfants, elle voulait leur offrir une belle vie. Issue d’une famille militaire, elle connaissait bien les Forces.
« Mais une fois enrôlée, je suis devenue tellement fière de porter l’uniforme et de servir mon pays », se souvient-elle. La tradition familiale s’est poursuivie : le fils de Shawna s’est joint à l’Aviation à l’âge de 18 ans et son mari a également servi dans la Marine royale canadienne.
Cependant, les traumatismes liés au service et les blessures physiques subies par Shawna en 2020 ont eu des conséquences lourdes.
« Ces dernières années ont été très difficiles », confie Shawna. « On m’a diagnostiqué un ESPT ainsi qu’une dépression et une anxiété sévères. La COVID n’a rien arrangé. Nous étions tous isolés, mais quand j’ai reçu mon diagnostic d’ESPT lié à un traumatisme, j’ai eu l’impression que ma vie s’écroulait. J’ai pratiquement vécu recluse au sous-sol pendant les cinq dernières années. »
En avril 2025, après une carrière de 23 ans au sein des Forces armées canadiennes, durant laquelle elle a servi dans l’Aviation et dans la Marine, Shawna a été libérée pour des raisons médicales.
« J’essayais de cacher mon traumatisme et mon ESPT, car dans mon esprit, c’était une forme de honte. Dans l’armée, on nous répète sans cesse qu’il ne faut pas pleurer. Il faut serrer les dents et continuer. »
« Ma carrière a pris fin – contre mon gré – alors que j’exerçais un métier que j’adorais profondément », dit-elle.
Mais par hasard, Shawna a découvert le site Web de True Patriot Love l’automne dernier et a posé sa candidature pour participer à l’expédition Nahanni, exclusivement féminine, en août 2025. L’expédition a débuté par un camp d’entraînement en mai dernier pour les vétéranes, les militaires et les dirigeantes civiles qui descendront la rivière Nahanni, dans les Territoires du Nord-Ouest.
True Patriot Love s’est entretenu avec Shawna depuis son domicile en Nouvelle-Écosse au début du mois de juin pour discuter de son parcours jusqu’à présent.
Qu’est-ce qui vous a attirée dans l’expédition Nahanni ?
Un soir, alors que j’étais assise sur mon canapé au sous-sol, je me suis dit : « Je vais voir ce que font les organisations de vétérans », et j’ai cherché True Patriot Love. En faisant défiler la page, je suis tombée sur celle de l’expédition. C’était le dernier jour pour postuler pour l’expédition Nahanni et il était déjà 19 h. En voyant ça, je me suis demandé : « Est-ce que je suis capable de faire ça ? » J’ai du mal avec les foules et j’ai certains déclencheurs, donc je n’étais pas sûre d’être prête, mais j’ai décidé d’essayer. Quand j’ai été acceptée, j’étais aux anges. L’univers me disait : « Oui, Shawna, c’est le moment. »
Quel genre d’entraînement suivez-vous pour vous préparer à l’expédition ?
Le 2 janvier, j’ai commencé à aller au gym pour faire de la musculation six jours par semaine. Je travaille ma force et ma souplesse, car j’étais assez affaiblie. J’essaie d’y aller chaque matin. Je fais une heure de musculation, puis une demi-heure de marche sur tapis roulant, car je ne peux plus courir.
Je souffre beaucoup et j’ai des lésions nerveuses permanentes au pied gauche à la suite d’une opération subie dans l’armée, mais je vais continuer à travailler là-dessus. Je vois que mon processus de guérison progresse et qu’il est possible que je ne reste pas coincée dans mon sous-sol pour toujours.
Êtes-vous une adepte de plein air ou sortez-vous de votre zone de confort avec Nahanni ?
J’étais une amatrice de sensations fortes. J’ai participé à la course en canot à glace du Carnaval de Québec en hiver. J’ai fait du parachutisme. J’ai même fait un marathon dans ma chambre d’hôtel pour m’occuper.J’ai toujours été ce genre de personne, mais après 2020, tout s’est arrêté.
Le simple fait de me rendre au camp d’entraînement m’a sortie de ma zone de confort. J’ai un chien d’assistance et mon mari et moi ne sortons jamais sans lui. Le camp d’entraînement était littéralement la première fois que je partais seule.
Prendre l'avion, me rendre à Toronto toute seule, trouver mon chemin jusqu'à l'hôtel – j'ai pris la mauvaise navette et je me suis retrouvée au mauvais hôtel au début – c'était vraiment hors de ma zone de confort. Tout était immense; tout était une première étape.
Comment avez-vous vécu le camp d'entraînement?
Je suis tellement reconnaissante pour cette fin de semaine de camp d'entraînement. J'en ai retiré plus de guérison en quelques jours que durant mes cinq dernières années de thérapie.
Cette fin de semaine a été la première fois en cinq ans que j'ai eu un aperçu de cette accro à l'adrénaline; elle est toujours là. Mon ESPT ne m'a pas tout enlevé. Mais je dois remercier True Patriot Love de m'avoir offert cette opportunité, car sans cela, je ne sais pas où ni quand j'aurais pu retrouver cette facette de moi-même.
En nous offrant cette fin de semaine avec Warrior Adventures Canada, True Patriot Love a créé un espace tellement sécurisant pour nous toutes. Ces femmes merveilleuses que j'ai rencontrées sont devenues mes sœurs. Je sais que ça peut sembler étrange, mais c'était assez surprenant pour moi, car nous venons de deux mondes totalement différents. Tous mes amis sont militaires ou retraités de l'armée. Je ne savais pas si j'arriverais à m'identifier à des civils. Mais quand nous étions toutes dans les bois et sur l'eau, nous étions toutes pareilles.
Y a-t-il des moments marquants du camp d'entraînement que vous aimeriez partager?
Au camp d'entraînement, nous devions nager dans des rapides – si notre canot chavire, nous devons savoir comment réagir. Eh bien, l'une de mes peurs, c'est l'eau. J'étais debout sur les rochers et mes jambes tremblaient, littéralement, elles tremblaient visiblement. Et je pleurais parce que j'avais tellement peur. Dès qu'elles l'ont vu, elles m'ont entourée de leurs bras. « Shawna, tu es capable. Tu peux le faire. »
Les guides de Warrior Adventures ont dit : « Nous serons juste là avec toi, Shawna. » C'était l'espace le plus soutenant que j'aie jamais connu de ma vie, et pas seulement de la part d'une personne, mais de chacune d'entre elles.
Quand je suis entrée dans les rapides et que j'ai nagé, toutes les femmes étaient sur la rive à m'encourager, à crier et à applaudir. C'était mon grand moment de « Oh mon Dieu, c'est incroyable ». Voir des femmes qui s'autonomisent mutuellement, c'est tellement beau. Tellement beau.
Et c'est exactement ce que représentait cette fin de semaine de camp d'entraînement : tout le monde qui soutient tout le monde. Il n'y a pas eu un seul moment où quelqu'un a été laissé à lui-même.
Cette expédition a vraiment sauvé ma vie. Elle m'a déjà tellement changée que ce matin, pour la première fois depuis des années, je suis sortie faire du kayak avec mon cousin sur la rivière. C'était vraiment agréable. Je n'avais pas été capable de faire ça depuis cinq ans.
J'ai déjà tellement retiré de cette aventure et je ne suis même pas encore partie en voyage. Ça a rallumé cette étincelle dans mon cœur. La fille qui était toujours si active, aventureuse et extravertie est toujours là – et elle refait surface!

.png)




