Comment les chevaux aident les vétérans à guérir : immersion chez Can Praxis

L’adjudant (à la retraite) Steve Critchley a servi pendant 28 ans au sein des Forces armées canadiennes en tant qu’instructeur d’instruction de base et instructeur en leadership avancé, et a été déployé en Égypte, à Chypre et en Bosnie.
Pendant la guerre de Bosnie, il a été témoin du pire des conflits humains.
Son rôle consistait notamment à négocier avec des belligérants armés et à établir de petites zones locales de confiance et de coopération. Il a également fait partie d’un groupe restreint de militaires canadiens sélectionnés pour suivre une formation en médiation. Grâce à son expérience et à sa formation, souvent dans des environnements instables, Steve a acquis la conviction que les gens peuvent travailler ensemble pour obtenir des résultats réalistes et positifs.
Des années d’expérience à créer des zones de confiance sur les champs de bataille et, plus tard, dans les salles de conseil, ont façonné Can Praxis, le programme de thérapie équine basé en Alberta pour les vétérans, les premiers répondants et leurs proches, qu’il a fondé en 2013.
Les chevaux sont au cœur du modèle Can Praxis. En tant qu’animaux de proie hypervigilants, ils fournissent une rétroaction instantanée et impartiale sur les émotions et les comportements des participants. Leur langage corporel — du mouvement d’une oreille à la tension dans leurs muscles — offre aux participants comme aux psychologues un reflet clair de leurs états intérieurs. Les chevaux réagissent uniquement à la façon dont un participant se présente sur le moment, sans égard au grade, à l’historique ou aux expériences passées.
Can Praxis a suscité un intérêt presque immédiat de la part des cliniciens, des universitaires, du gouvernement et des bailleurs de fonds et, surtout, a fait une différence tangible, mesurable et durable dans la vie des vétérans et de leurs conjoints.
En 2022, Can Praxis a lancé un programme familial et, en 2023, a démarré le programme du camp pour femmes vétérans Three Sisters.
Grâce au Fonds Capitaine Nichola Goddard, True Patriot Love investit dans le programme Three Sisters, couvrant les coûts de facilitation, de déplacement des participants, de repas, d’hébergement et les frais liés au programme équin pour 10 femmes vétérans aux prises avec des blessures de stress opérationnel résultant de leur service.
True Patriot Love s’est entretenu avec Steve et le président du conseil d’administration de Can Praxis, le lieutenant-colonel (à la retraite) Rick Bowes, au sujet des racines du programme, des défis auxquels ils sont confrontés et des raisons pour lesquelles la thérapie équine est bien plus que de passer du temps avec des chevaux.
TRUE PATRIOT LOVE : Commençons par les bases : qu’est-ce qui est au cœur des programmes de Can Praxis ?
STEVE : Si vous avez reçu un diagnostic de blessure de stress opérationnel, le conflit et la crise feront partie de votre quotidien. Nous devons aider nos vétérans et leurs familles à apprendre à se comprendre, à avoir des conversations appropriées et à ne pas laisser leur vie être déraillée par les conflits et les crises.
Can Praxis est accessible à tout vétéran ayant subi une blessure de stress opérationnel ainsi qu’à son conjoint, son partenaire, un membre de sa famille ou son meilleur ami – la personne vers qui il se tourne en cas de crise.
Nous couvrons les frais de transport, d’hébergement, le programme, tout ce qui est nécessaire, et nous aidons même les gens avec la garde d’enfants s’ils sont en difficulté financière. L’idée est d’éliminer tous les obstacles.
L’objectif est d’aider les gens à réapprendre à avoir au moins une conversation efficace par jour avec la personne qui compte le plus pour eux, comme leur conjoint. Parce que si vous pouvez avoir une conversation efficace, vous pouvez en avoir deux, et si vous pouvez en avoir deux, vous êtes sur la voie du succès.
Comment Can Praxis a-t-il vu le jour ?
STEVE : Les racines de Can Praxis proviennent de mon expérience en médiation. L'une de mes dernières fonctions secondaires, alors que j'étais encore en uniforme, était la résolution de conflits. Je parcourais l'Ouest canadien pour rencontrer des commandants, des caporaux et d'autres membres du personnel, afin d'examiner des cas de harcèlement, de discuter d'évaluations de rendement et de gérer les conflits entre le personnel militaire et civil.
À mesure que les conséquences de la mission en Afghanistan devenaient plus claires, que le TSPT et les blessures de stress opérationnel devenaient plus apparents et que nous commencions à mieux les comprendre, nous avons réalisé qu'une blessure de stress opérationnel entraîne des conflits et des crises dans la vie de chacun.
En 2013, nous avons pu offrir le premier programme. Nous avons réuni six couples pour suivre le programme de trois jours afin de tester le concept. Le concept était solide, et nous offrons pratiquement le même programme depuis 2013. Son succès est une leçon d'humilité incroyable.
RICK : Steve et moi avons servi ensemble dans l'armée. J'ai quitté les Forces en 2003, mais je savais que la question des BSO finirait par nous rattraper. Lorsque Steve m'a appelé à l'improviste il y a environ trois ans, ce fut un moment de clarté pour moi. Je me suis dit : « Je dois faire quelque chose maintenant. Je dois apporter mon aide. » Mon rôle chez Can Praxis est de contacter d'autres organisations pour la collecte de fonds et la sensibilisation. Il est difficile de dire non à Steve !
STEVE : Can Praxis, c'est deux mots : Can représente l'attitude canadienne axée sur l'action et la débrouillardise. Praxis signifie mettre la théorie en pratique. Essentiellement, le nom Can Praxis signifie donc « joindre le geste à la parole ».
Qu'est-ce qui rend les chevaux si efficaces comme soutien thérapeutique ?
STEVE : C'est intéressant, car nous accueillons des gens extrêmement sceptiques qui ne veulent vraiment pas participer au programme. Ils ne sont là que parce que leur conjoint les y a forcés, en quelque sorte. Mais après trois jours, nous devons physiquement les empêcher d'essayer de ramener un cheval à la maison dans le coffre de leur voiture. Toute leur vie a changé.
Les chevaux ont une capacité unique à tisser des liens avec les gens. Dans une relation, les chevaux travaillent sur les mêmes aspects que les humains, soit la confiance et le respect. Travailler avec un cheval vous donne l'occasion de comprendre ce que vous apportez à une conversation : êtes-vous trop intense ? Ou pas assez affirmé ?
L'utilisation de chevaux, le recours à des psychologues qualifiés et agréés qui comprennent la communauté des vétérans, et la compréhension de la manière d'aider les gens à traverser les conflits et les crises, tout cela s'harmonise parfaitement.
True Patriot Love finance le camp Three Sisters. En quoi le camp Three Sisters est-il différent ?
STEVE : Le camp Three Sisters est un programme spécialisé pour les femmes vétérans aux prises avec des blessures de stress opérationnel liées à leur temps en uniforme. De nombreuses participantes doivent naviguer à travers des défis complexes dans leur vie familiale, leur transition vers une carrière civile et le rétablissement de la confiance en elles-mêmes et envers les autres. En offrant un environnement sécuritaire réservé aux femmes, le programme répond à des besoins souvent négligés dans les services aux vétérans conçus principalement pour les hommes.
Le camp est animé par une psychologue qui possède une bonne compréhension de la culture et de la communauté des vétérans. Il est également animé par une autre femme vétéran qui a passé plus de 30 ans en uniforme. Le camp Three Sisters est le seul programme de thérapie assistée par le cheval dirigé par des psychologues au Canada, créé exclusivement pour les femmes vétérans et offert par une équipe entièrement féminine composée de cliniciennes et de facilitatrices vétérans.
Le soutien de True Patriot Love nous aidera à organiser un camp supplémentaire cette année, et nous serons en mesure d'accorder la priorité aux femmes vétérans sur notre liste d'attente.
Y a-t-il des domaines où vous entrevoyez des défis potentiels?
RICK : Trouver des fonds et des sympathisants est toujours un défi. Un autre défi est la prolifération d'imitateurs dans le domaine de l'équithérapie. Ne vous méprenez pas : ils ont peut-être de bonnes intentions, mais ce qu'ils offrent essentiellement, c'est une randonnée équestre qui sera une expérience positive. Mais de notre point de vue, c'est dangereux si vous avez quelqu'un qui souffre d'une blessure de stress opérationnel (BSO) et que vous vous présentez comme un fournisseur d'équithérapie sans utiliser une approche cliniquement valide.
STEVE : L'équitation thérapeutique n'a rien à voir avec le programme que nous offrons. Il s'agit d'une modalité complètement différente avec des attentes différentes. Notre programme est une thérapie destinée au vétéran et à son membre de famille, conjoint ou partenaire, dispensée par un thérapeute qualifié et agréé. Nous mettons l'accent sur l'utilisation de la thérapie et des chevaux pour améliorer la communication entre les individus.
Qu'aimeriez-vous que les Canadiens sachent davantage au sujet des vétérans et des familles de militaires?
RICK : Pour être honnête, je ne m'en rendais pas compte quand je servais, mais la famille sert aussi. Lorsque nous nous préparions à partir pour la Bosnie en 1994, je crois que je n'ai passé que six semaines à la maison cette année-là. Et quand je suis revenu, ma fille aînée, qui avait deux ans, ne savait pas qui j'étais. La famille doit composer avec l'absence et avec le danger. Que vous soyez dans un avion, en mer ou sur le terrain, même si vous êtes en entraînement, vous faites des choses dangereuses.
Mais nos familles doivent aussi gérer les choses quand papa ou maman n'est pas là, tout en faisant face aux stress normaux de la vie. Votre partenaire devient alors parent seul. C'est ce que les gens doivent comprendre : le service ne concerne pas seulement la personne qui porte l'uniforme.
Un dernier mot?
STEVE : Puis-je vous expliquer brièvement la philosophie que nous voulons que les gens retiennent à la fin du programme?
Je vous en prie.
STEVE : La voici : nos gens, nos vétérans, ne sont pas brisés.
Si une feuille tombe d'une plante, vous ne pouvez pas aller chez Canadian Tire, acheter une nouvelle feuille, l'agrafer et réparer la plante. Mais dans le bon environnement et avec les bons nutriments, une feuille repoussera. Ce ne sera pas la même feuille; ce sera une feuille différente. Mais cette plante peut être plus saine et plus forte qu'elle ne l'était.
Il en va de même pour nos vétérans. Ils ne sont pas brisés. Ils sont blessés, ils ont subi des traumatismes, et dans le bon environnement avec les bons nutriments, ils peuvent eux aussi surmonter leurs blessures. Cet environnement propice, ce sont leurs conversations, et ces nutriments, ce sont leurs mots.
Ils ne seront plus la même personne. Mais ils ont l'occasion de devenir une personne plus forte et plus saine qu'auparavant.
Vous pouvez aider True Patriot Love à investir dans des programmes plus novateurs et fondés sur des données probantes pour les vétérans, les militaires en service et leurs familles. Cliquez ici pour faire un donMerci!

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